C’est intéressant et inspirant. Grâce aux plateformes de streaming, on peut avoir accès à de plus en plus de films et de séries évoquer les problématiques du racisme, de l’esclavage et plus largement des biais qui sont inhérents aux sociétés dans lesquels nous vivons, nous les afrodescendants.

CORA, INTERPRÉTÉE PAR THUSO MBEDU

Parfois, la dureté de ces oeuvres rend leur visionnement difficile, notamment dans un contexte où le racisme est souvent abordé comme un sujet dont on peut débattre ou une maladie en voie de disparition. Subtil ou frontale, ce racisme et la discrimination qui en découle restent très courante. Moi même afrodescendante, il m’a fallu du temps pour me décider à regarder The Underground Railroad, mini série en 10 épisodes, réalisée par Barry Jenkins – connu pour Moonlight, Oscar du meilleur film et du meilleur scénario 2017. Car, pour les mêmes raisons que je viens d’évoquer, pourquoi aurais-je besoin d’accumuler les frustrations en regardant comme d’autres on pu la qualifier, une « une fresque grandiose » sur l’esclavage ?

Inspirée du livre de Colson Whitehead, The Underground Railroad raconte l’esclavage à travers le regard de Cora. Esclave dans une plantation de Géorgie, dans le sud des États-Unis. Elle est sans cesse confrontée à l’extrême violence et à l’injustice du propriétaire de la plantation qui ne manque jamais de créativité pour punir ses esclaves.

———Spoiler Alert ———

Les premiers épisodes de The Underground Railroad sont assez difficiles à regarder:On y voit évidemment des gens se faire fouetter pour des broutilles mais aussi un homme se faire brûler vif, un enfant frappé au visage avec la poignée d’une canne, des tentatives de viol ici et là. Sans parler du mot « nigger » employé tout au long de la série comme on désigne un indésirable ou un nuisible.

————————————————

Dans sa série, Barry Jenkins nous rappelle que les esclaves étaient des biens au même titre que n’importe quel matériel agricole que l’on trouve au sein d’une plantation, à peine considérés comme des être humains. Ce n’est pas une découverte mais ça aussi c’est une violence. Alors pourquoi poursuivre cette série qui nous en montre tellement qu’elle nous plonge dans l’inconfort ?

Parce qu’on comprend rapidement que toute cette violence n’est pas gratuite. Elle permet de mettre en perspective la résilience du personnage principal, Cora l’esclave en fuite, dont on découvre l’histoire au fil des épisodes. Et en toute honnêteté, j’ai beau avoir bingé cette série en deux nuits, je n’ai quasiment jamais cessé de me demander pourquoi je m’infligeais ça. Regarder The Underground Railroad, c’est être prêt à être en colère, à être confronté à un insupportable sentiment d’injustice, à souffrir temporairement de tous les traumas imposés aux personnages. Mais on finit aussi par être récompensé pour notre propre résilience.

Au fil des épisodes, la violence se raréfie et l’intrigue se ponctue de moments poétiques. On remarque tout d’un coup la photographie impressionnante. C’est du cinéma: chaque plan raconte quelque chose et on aurait presque l’impression de reprendre la série depuis le début pour mieux se rendre compte de ce qu’on a pu rater.

Et derrière l’angoisse qui nous porte d’épisode en épisode, derrière l’envie de découvrir si Cora va atteindre son but: la liberté; si cette spirale faite de violence, de malchance et d’angoisse va finir par prendre fin. Et puis, pourquoi faire une fiction où l’héroïne ne s’en sort jamais. Entre la colère et la tension, j’aurais presque eu des flashs et des remontées d’angoisse, à la limite de l’hyperventilation (évidemment que j’exagère): les symptômes d’un stress post traumatique provoqué par The Handsmade Tale. Cette série qui, sur une thématique différente, semble s’amuser de nos émotions en nous plongeant dans une forme de désespoir: à la fois fictif et bien réel.

Traitez-moi de fragile ou de Bovary, qui binge tellement de série, qu’elle ne fait plus la différence entre la fiction et la réalité mais c’était l’angoisse de regarder The Underground Railroad. Et pour revenir au parallèle que j’ai établi entre The Underground Railroad et la servante écarlate, je dirais que la force de ces shows réside dans le fait qu’ils parviennent à évoquer des problématiques très actuelles avec justesse et sans nous imposer un point de vue.

The Underground Railroad aborde la question des biais, aujourd’hui très présente. Les dialogues et les points de vus exprimés par les personnages font écho à de nombreuses problématiques rencontrées et abordées par les personnes afrodescendantes. De la supposée colère que Cora porte en elle et qui la mènera à sa perte et rappelle le cliché de la « angry black woman » à l’obsession du contrôle des naissances des esclaves qui, lui, fait lui écho au contrôle des naissances des personnes noire, très présent dans les esprits de généticiens au XIXe siècle. C’est comme si cette série retraçait une histoire du racisme américain et les nombreuses images et stéréotypes qu’il a créé pour justifier son existence.

Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Tendances