Je me suis faite avoir par l’image d’appel de 2 Distant Strangers. Quasi mensonger le truc. Un garçon et une fille dans un lit avec un titre qui évoque plus une comédie romantique qu’un court-métrage subtil qui vous laisse à la fois songeur, choqué, dégoûté. Bref, c’était vraiment pas mal puisqu’au fond, le but d’une œuvre n’est-elle pas de vous faire ressentir des choses ?

Je regarde des contenus en streaming, comme on regarde des gens passer à la terrasse d’un café. Donc regarder un truc sur Netflix qui s’appelle Two Distant Strangers sans avoir vu la bande annonce ne me fait pas peur, même s’il est prouvé que regarder des comédies romantiques lorsqu’on célibataire en phase d’endurcissement est risqué. Et au fond, qui a besoin de suivre les faux problèmes de gens trop beaux pour que l’on puisse s’identifier à eux ?

Sauf que, ce court-métrage raconte autre chose. C’est un classique remis au goût du jour : l’histoire d’un mec au mauvais endroit, au mauvais moment.

——–SPOILER——–

C’est l’histoire d’un type qui se réveille chez une jolie fille. Ils ont passé la nuit ensemble. Il tente de rentrer chez lui pour nourrir son chien. Un petit détail qui le rend très attachant dès les premières minutes du film d’ailleurs. Mais pas de chance, il se fait arrêter par un policier pour avoir fumé une simple cigarette. Et oui fumer , c’est mal mais on comprend vite qu’au yeux de ce policier, être noir l’est encore plus. C’est évidemment le cas de notre protagoniste, qui bien conscient d’être un jeune homme noir dans un pays où on tire sur des personnes noires non armées sous prétexte qu’elles représentent une menace. Et la situation tourne mal. Il se fait tuer en quelques minutes.

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Ça m’a tout de suite rappelé la mort injuste et terrible de Poussey dans Orange is the new black puis dans un contexte bien réel et actuel, George Floyd.

C’est dur à regarder mais le réalisateur Travon Free a décidé de ne pas nous épargner. On regarde un jour sans fin dans la peau d’un jeune homme noir au mauvais endroit au mauvais moment, autrement trop près d’un policier raciste.
La même journée recommence sans cesse. Il se lève, dit au revoir à la fille et se fait tuer par ce même agent de police. Et il meurt de diverses manières : étranglé, par balles… C’est à chaque fois choquant et toujours très réaliste, trop peut-être, parce qu’on sait que c’est vraiment arrivé ailleurs et de nombreuses fois.

Le protagoniste tente d’échapper à son sort par de multiples moyens. Il finit par décider de lui parler , pour apprendre à le connaître mais surtout le convaincre qu’il ne mérite pas de mourir. Il naît de cette discussion une forme de complicité… Mais va t-elle empêcher la mort de notre héros ?

À mesure que le film avance, la cruauté s’intensifie. Et à chaque fois que la journée commence, on espère qu’il va réussir à rentrer chez lui. Mais c’est impossible. Bang bang, rideaux. Fin de l’histoire. Et à chaque fois que le héros meurt, c’est comme un retour brutal à la réalité où on pense encore à celles et ceux et à qui s’est arrivé dans le monde réel. Ainsi qu’à ceux à qui ça arrivera car c’est un problème qui ne connaît pas d’issues.

Lorsque notre héros discute avec le policier, il s’intéresse à sa vie, sa vocation, on découvre notre tueur multi-récidiviste presque sympathique. Et c’est effrayant. On se demande si on essaierait pas de nous expliquer si ces meurtres en séries de personnes noires ne seraient pas que de simples erreurs de jugement… Et que ce ne serait pas de leur faute s’ils tirent sur des gens sans défense. Ou plus exactement, des personnes noires sans défense.

Mais au final, on comprend surtout que certaines personnes ne sont pas capables de voir les noirs autrement que comme des menaces. Pourquoi ? Ils vous répondront avec des statistiques qui sont elles-mêmes biaisées par le racisme systémique ou autre.

Etant régulièrement confrontée au racisme, ça restait pour moi important et intéressant de voir ce court-métrage. À moi, il m’a rappelé que je n’étais pas folle et que le racisme existe toujours, qu’il peut prendre différentes formes et qu’il n’y a pas toujours de raisons à ce racisme. Je recommande ce film malgré sa violence. Je l’ai trouvé très difficile à regarder mais aussi comme je l’ai dit plus haut aussi instructif et quelque part rassurant.

Parce qu’il y a dans l’image quelque chose qui est de l’ordre de la propagande. Et l’esthétique des régimes totalitaire et les films de propagande produits sont là pour le prouver. Alors ça m’a rassuré de voir ce film parce que je me suis dit qu’il pourrait peut-être changer la façon de penser de certaines personnes.

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