Beurettes, un fantasme français – Sarah Diffalah / Salima Tenfiche – Le Seuil 2021 Nous les Transgressives – Rahman Adjadj – Les Arènes 2023
Amours Silenciés – Christelle Murhula – Daronnes 2023


Beurettes – Un fantasme français

« Beurettes » est une enquête menée par deux journalistes françaises d’origine maghrébine qui raconte l’évolution de la femme dite « arabe » en France. Elles nous expliquent la complexité de l’identité de ces femmes à qui on demande de s’intégrer au prix d’une part de leur altérité mais aussi en leur imposant un éventail de clichés et de stéréotypes hérité de la culture coloniale. Les deux journalistes ont recueilli de nombreux témoignages de femmes qui s’expriment sur les rapports qu’elles entretiennent avec leur double culture. Celui-ci s’inscrit souvent dans des rapports à soi conflictuels et ancrés dans la compromission mais également un désir d’autodétermination qui leur est refusé par l’environnement professionnel, les médias ou encore la culture, telle qu’elle nous est proposée. Ce refus ce traduit par une image déshumanisante, celui de la « beurette » : « Catégorie de site pornographique mais également « visage de la diversité » « docile » et perçu comme « plus facile à contrôler » que son pendant masculin notamment dans l’univers professionnel.

L’enquête de Sarah Diffalah et Salima Tenfiche comprend de nombreux témoignages mais aussi les regards de chercheurs et de sociologues qui ont étudié la question.
Les femmes qui se sont entretenues avec elles nous font comprendre que les images que connotent le mot « beurette » les prive de leur individualité et les pousse constamment à déconstruire une identité acquise par défaut. Nombre d’entre-elles ont fini par se créer une identité sur-mesure pour échapper à l’injonction de choisir entre deux cultures : l’une occidentale qu’on leur présente comme un moyen de libération face à une supposée « arabité » simplement réduite à un patriarcat écrasant, la domination masculine et à des débats superficiels sur l’islam et une autre ancrée dans la tradition et transmise par leur famille.

Nous, les Transgressives

Sortis deux ans plus tard, Nous les Transgressives de la journaliste Rahma Adjadj s’inscrit également dans le report de l’expérience d’une minorité visible en France. Écrit à la suite d’une enquête paru dans Le Monde sur les Françaises d’origine magrébines qui cachent leur vie sentimentale à leur parent, Nous, les Transgressives est le témoignage de son auteure. Il serait logique d’imaginer que celui serait moins précis parce que focalisé sur le témoignage de son auteur. Mais il se présente davantage comme un autre moyen de traiter la question.
En choisissant le prisme de sa propre individualité, Rhama Adjadj nous permet de nous identifier à son vécu et donc de le comprendre dans toute sa complexité. Son expérience n’est pas seulement celui de la difficile construction d’une identité métisse, franco-maghrébine, en France. Elle raconte les chemins qu’emprunte la pensée lorsque l’on quitte la classe sociale de sa famille pour une autre mais aussi la transmission des traumatismes de génération en génération. C’est aussi un regard supplémentaire sur ce que peut être le féminisme.

Amours Silenciés

Et l’amour dans tout ça ? Si le livre de Rhama Adjadj évoque la question d’un point de vue personnel, l’essai de Christelle Murhula Amours Silenciés, constate et interroge l’amour à la marge. Autrement dit, l’amour vu par le prisme des femmes qui n’entrent pas dans les standards habituellement considérés lorsque que l’on évoque la vie amoureuse : ici, majoritairement les femmes noires.
Il est vrai que l’américaine Bell Hooks a beaucoup écrit sur la question. L’introduction du livre de Christelle Murhula débute d’ailleurs par une citation de l’autrice : «  Quand j’étais enfant, il était pour moi clair que la vie ne valait pas d’être vécue si je ne connaissais pas l’amour. » Dans Amours Silenciés, Christelle Murhula fait un état des lieux des possibles amoureux pour celles qu’elle appelle « les oubliés de l’amour » mais en y incluant les spécificités qui s’appliquent au fait de le vivre sur le territoire français. Qu’elles soient, Noires, pauvres, mère célibataires, non valide, Christelle Murhula nous parle du regard porté sur ces femmes et de manière plus large, par la société.
Son essai s’inscrit dans un contexte où la déconstruction des rapports amoureux et la multiplicité des féminismes font désormais partie des débats qui jalonnent nos quotidiens. Son livre apporte de nouveaux arguments et une perspective souvent oubliée. Sans proposer de solution pour vivre l’amour à la marge, elle tente toutefois de nous faire réfléchir à la possibilité de rechercher et de vivre l’amour autrement.

Etre racisé

« Racisé », c’est un mot qui nous semble récent, que l’on entend de plus en plus et que beaucoup peinent à définir. Le mot « racisé » dont l’origine serait à chercher dans le champs lexical d’associatifs de gauche facilement taxés « d’islamo-gauchistes » par des groupes qui n’apprécient pas les idées de gauche, encore moins l’islam, et surtout, qui n’ont pas fait leur travail de recherche vient de la contraction des termes issus de la sociologie « racisation » et « racisé ».
Le premier désigne le fait d’attribuer à une personne une catégorie raciale à partir de caractères subjectifs, mettant donc en exergue une construction sociale et non la réalité biologique que la race devrait relater si elle existait. Le second désigne des personnes qui subissent le racisme et la discrimination.
Le mot « racisé » est apparu pour la première fois en 1972, dans les pages du livre de la sociologue française Colette Guillaumin. Plus de 50 ans plus tard, on utilise beaucoup le mot pour désigner les personnes « non-blanches ».

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