
Barbie vient de battre un record. Le 6 août, les recettes du film sorti le 19 juillet ont atteint 1, 3 milliard de dollars de recette dans le monde. Ce n’était plus arrivé depuis un siècle. C’est désormais le film le plus rentable réalisé par une femme après Wonderwoman de Patty Jenkins.
Le film en question
C’est une plongée dans l’univers du fameux jouet de Mattel. A Barbieland, matriarchie où les poupées aux corps parfaits, à l’exception d’une Barbie en surpoids faisant référence à l’existence d’une « Barbie curvy » mise en vente en janvier 2016, sont toutes des femmes accomplies. Maires, scientifiques, prix Nobel etc, vivent en harmonie dans un monde où le rose est la couleur dominante et surtout où les hommes (Ken) vivent uniquement pour se voir dans le regard de la poupée.
Dans l’esprit de nombreux enfants et adultes qui connaissent le jouet, Barbie et Ken sont souvent synonyme de « couple ». Cependant, les scénaristes Greta Gervig et son époux, Noah Baumbach ont décidé de mettre l’habituelle histoire d’amour du Blockbuster au second, voire troisième plan et de la tourner en dérision lorsque celle-ci est évoquée. Car dans le monde de Barbie, Ken est davantage un accessoire qu’un compagnon. On nous rappelle d’ailleurs que si on envisage de jouer à la Barbie sans Ken, jouer à Ken sans Barbie ne fait pas partie des options.
Marketing
Les nombreux accessoires qui accompagnent la poupée suffisent. Sa maison, ses vêtements, ses voitures constituent le décor dans lequel évoluent les personnages. Nombre d’entre eux sont d’ailleurs mis en avant à la manière d’une publicité. Le procédé qui ajoute au comique du film, fait aussi l’effet d’un marketing non dissimulé. Dans le film, l’hommage fait à la créatrice de la poupée, Ruth Handler, sert à nous rappeler que Barbie a été créée pour permettre au petites filles qui y jouaient de devenir des femmes émancipées en s’imaginant en médecin, en astronaute etc… Barbie est la première poupée dont l’univers n’est pas concentrée sur la tenue d’un ménage et le fait d’être mère.
Si le monde de Barbie semble l’exact opposé du monde réel, il reste fortement marqué par le consumérisme et les rapports de domination. En effet, Barbieland est dénué de toute forme de patriarcat, à tel point que le concept n’y existe pas et que ses personnages devront visiter le monde réel pour se rendre compte de son existence et de ses effets désastreux sur les femmes.
Barbie a beau porter un message féministe, il reste un Blockbuster dont le but est de redorer l’image du jouet accusé de faire reculer l’égalité femmes/hommes. A la manière de Disney depuis les années 2010, l’univers de la poupée a été repensé pour se fondre dans un moule de modernité. La barbie, certes parfaite, nous apparait aussi plus humaine et inclusive.
Humour et misandrie
Le simplisme, la naïveté, et l’apparente inutilité de Ken agit comme un miroir sur la façon dont les femmes sont habituellement dépeintes dans les comédies hollywoodiennes. On rit beaucoup aux dépends des figures masculines qui peuplent Barbieland mais aussi le monde réel. Cela a valu à Greta Gervig d’être accusée d’avoir réalisé un film misandre.

Mais l’humour dont ont fait preuve les scénaristes envers les hommes sert davantage à souligner le ridicule du culte de la virilité et des dysfonctionnements que produit une société régie par des rapports de domination. Le message de Barbie n’est pas de dire que les hommes sont nuisibles mais plutôt de prôner l’acceptation de soi.
Margot Robbie, également productrice du film qui interprète Barbie a fait équipe avec Greta Gervig, actrice, réalisatrice et scénariste bien connue pour écrire des personnages féminins forts ou les interpréter. Récompensée par le Golden Globe de la meilleure comédie pour son film Lady Bird qui raconte le voyage initiatique d’une adolescente au caractère bien trempé vers l’indépendance, la réalisatrice semble avoir ancrée le cœur de son travail dans la destruction du male gaze.

Laisser un commentaire